Filière chrome : enquête du BIANCO sur un droit d’entrée de 35 millions USD dans l’exploitation de Brieville.

Filière chrome : enquête du BIANCO sur un droit d’entrée de 35 millions USD dans l’exploitation de Brieville.

Le Bureau Indépendant Anti-Corruption (BIANCO) a mis en évidence un montage financier suspect dans le cadre des négociations liées à l’exploitation du gisement de chrome de Brieville, impliquant la société d’État KRAOMITA Malagasy S.A. (KRAOMA) et la société étrangère DANA MINERALS CORPORATION en 2023.

À la suite de la résiliation du contrat liant KRAOMA à l’entreprise précédemment chargée de l’exploitation du chrome à Brieville, des négociations ont été engagées avec de hauts responsables de l’État en vue de confier l’exploitation du site à la société DANA MINERALS CORPORATION. Selon les éléments recueillis au cours de l’enquête, cette décision aurait été prise au niveau du Conseil d’Administration de KRAOMITA Malagasy.

Mode opératoire 

Les investigations ont révélé qu’un montant de 35 millions USD aurait été exigé de la société DANA MINERALS CORPORATION, sous l’entremise d’un opérateur économique malgache identifié par l’enquête. Ce montant aurait été présenté à la fois comme un « droit d’entrée » conditionnant l’attribution du contrat d’exploitation et comme une indemnisation destinée à l’investisseur précédent. Dans ce cadre, une première tranche de 5 millions USD aurait été versée sur un compte offshore domicilié à Maurice, ayant un lien avec cet opérateur économique, et non sur les comptes officiels de KRAOMITA Malagasy. Les éléments recueillis indiquent également que la sélection de la société DANA MINERALS CORPORATION ainsi que l’exigence de ce droit d’entrée ne seraient pas conformes aux règles régissant les procédures de marchés publics. Par ailleurs, l’enquête a révélé que la société bénéficiaire du transfert financier partagerait la même adresse de siège social qu’une autre société liée audit opérateur économique.

Saisie des produits de chrome

Dans le cadre de cette affaire, une procédure de saisie conservatoire de 27 990 tonnes de produits de chrome, pour une valeur estimative supérieure à 140 milliards d’ariary, a été effectuée sur des stocks entreposés dans l’enceinte du Port de Toamasina. La procédure a été transmise au Pôle Anti-Corruption d’Antananarivo, qui a rendu un jugement confirmant la mesure de saisie. À la suite de cette décision judiciaire, les produits concernés ont été pris en charge par l’Agence de Recouvrement des Avoirs Illicites (ARAI) en vue du recouvrement des avoirs présumés illicites.

Les investigations menées ont permis de relever des faits susceptibles de constituer des infractions d’abus de fonction, de trafic d’influence, de corruption et de blanchiment de capitaux, impliquant cinq personnes physiques et quatre entreprises. Présentés devant le Pôle Anti-Corruption d’Antananarivo le 05 mars 2026, trois suspects ont été placés en détention provisoire à la Maison centrale d’Antanimora, tandis que deux autres personnes impliquées se trouveraient actuellement à l’étranger. Par ailleurs, un mandat d’arrêt international a été émis à l’encontre de l’opérateur économique actuellement détenu à Maurice.

Le BIANCO réaffirme sa détermination à lutter contre toutes formes de corruption et d’infractions économiques affectant la gestion des ressources naturelles et des filières stratégiques nationales.