À LA UNE - Fonds Souverain Malagasy : dérives majeures dans la gestion des fonds publics

À LA UNE - Fonds Souverain Malagasy : dérives majeures dans la gestion des fonds publics

     Le Bureau Indépendant Anti-Corruption (BIANCO) a mis au grand jour de graves malversations dans la gestion du Fonds Souverain Malagasy (FSM), à l’issue d’une enquête ouverte sur la base d’un soit-transmis du Pôle Anti-Corruption d’Antananarivo. Dès sa prise de fonction en janvier 2026, le nouveau dirigeant du FSM aurait engagé plusieurs opérations financières d’envergure dans un contexte marqué par l’absence de cadre formel de gouvernance. Les investigations ont permis de mettre en évidence des pratiques contraires aux règles de gestion des deniers publics, pour un montant global estimé à 19,44 milliards d’ariary.

Les investigations révèlent un mode de gestion caractérisé par une organisation informelle et un contournement systématique des procédures en vigueur.

Véhicules surévalués et acquisitions irrégulières

Quatre véhicules, dont certains en état d’usure avancée voire hors service, ont été acquis à des prix manifestement surévalués, pour un montant de 495 millions d’ariary. Ces opérations auraient été réalisées par l’intermédiaire de tiers proches du Directeur Général, dans un contexte laissant présumer des conflits d’intérêts. Parallèlement, des acquisitions auprès de concessionnaires ont été effectuées sans mise en concurrence, en violation des principes de transparence, notamment ceux applicables aux fonds souverains. Ces transactions, conclues sur simple devis, représentent un montant de 12,83 milliards d’ariary. Face aux irrégularités constatées, les ventes ont été annulées, les fonds remboursés et les véhicules restitués.

Un prêt de 5 milliards d’ariary entaché de conflit d’intérêts

L’enquête met également en lumière l’octroi d’un prêt de 5 milliards d’ariary à une société liée à un membre du personnel du FSM, en dépit de la situation financière fragile de cette dernière. Le montage révèle un conflit d’intérêts manifeste, la personne ayant facilité l’opération étant à la fois actionnaire de la société bénéficiaire et chargée de mission au sein du FSM. Des mouvements financiers de plusieurs centaines de millions d’ariary ont ensuite été détectés au profit d’un haut responsable, sans justification apparente.

Dépenses hors cadre pour les mobiliers

Les acquisitions de mobiliers de bureau, d’un montant près de 150,6 millions d’ariary, ont été réalisées en dehors de toute procédure réglementaire, certaines livraisons ayant même été suspendues sur instruction de personnes non habilitées.

Retraits d’espèce et flux non justifiés

Des retraits importants effectués par chèque, sans justification ni traçabilité suffisante, ont également été relevés, renforçant les soupçons de détournement de deniers publics. En l’absence de Conseil d’Administration opérationnel, le Directeur Général par intérim était tenu de se limiter aux affaires courantes. Les opérations engagées excédaient manifestement ce cadre.

           Au regard des éléments recueillis, les faits sont susceptibles de constituer des infractions de détournement de deniers publics, d’abus de fonction, de conflit d’intérêts, de faux en écriture publique et usage, ainsi que de blanchiment de capitaux. Dans une logique de recouvrement des avoirs illicites, le BIANCO a procédé à la saisie de six (06) véhicules et au gel de comptes bancaires pour un montant total plus de 15,58 milliards d’ariary.

            Huit (08) personnes ont été présentées devant le Pôle Anti-Corruption d’Antananarivo le 03 avril 2026. À l’issue de leur déferrement, le juge d’instruction, dans sa décision rendue la matinée du 04 avril 2026, a ordonné le placement de six (06) personnes sous mandat de dépôt à la maison de force de Tsiafahy et la maison centrale d’Antanimora, tandis que deux (02) autres ont été placées sous contrôle judiciaire, dans l’attente de leur jugement.

      Cette affaire met en lumière des dérives majeures dans la gestion d’un instrument stratégique de l’État et souligne l’importance du respect des principes de transparence, de redevabilité et de bonne gouvernance. Elle illustre également la vigilance accrue des autorités de la Refondation de la République dans la protection des ressources publiques face aux risques de malversations.